• Etre étranger

    Hello les amis !

     

    Quel plaisir de vous retrouver ! Une fois n'est pas coutume, je vais écrire ce soir un post un peu soupe au lait... ou soupe à la grimace... une soupe quoi, vous voyez le genre. 

    Laissez moi pour cela vous raconter une anecdote : quand nous sommes arrivés aux US et que nous nous sommes installés dans notre maison, nous avons utilisé le deuxième jour le lave-vaisselle. On met la vaisselle, on met le produit au pif, on appuie sur un bouton au pif et zou machine-que-la-ménagère-bénit-tous-les-jours, lave-moi tout ça ! Sauf que blop, blop, la machine miracle n'aime pas du tout le pif, non non non... Nous voilà avec de la mousse dans TOUTE la cuisine, qui sort sans s'arrêter de la machine infernale qui n'est plus miracle du tout. Un petit coup d'affolement, un gros coup de lavage, un petit coup de fil à notre proprio et voilà Brian le réparateur qui arrive à notre rescousse. Il ouvre notre lave-vaisselle, le démonte, le scrute sous tous les angles, et "Non, vraiment, je comprends pas ce qu'il se passe, il est en parfait état de marche". Et là notre Brian lève un sourcil interrogateur "Mais euh, vous avez utilisé quoi comme produit ?!". On lui montre notre produit au pif, qui s'avère être - le traître - un liquide vaisselle, qui fait plein de mousse, donc. CQFD. Hhhuuummm Brian, si je vous donne 5000 dollars là tout de suite maintenant, serait-ce possible de cacher ce petit incident de jeunes nouveaux débarquants dans un pays étranger à la face du monde ?! La honte...

    Bon, je ne vous raconte pas la fois où au Salon du Patchwork un monsieur m'a gentiment indiqué les toilettes alors que je cherchais à acheter du tissu (bah oui, tissu en anglais ça veut dire mouchoir, la bonne blague...). Ni le nombre de fois où je me suis faite klaxonner car je ne me souviens jamais si on doit tourner au feu quand il y a une flèche ou quand il y a le feu vert. Ni la fois où je me suis pointée à l'école pour une messe où les parents n'étaient pas invités. Ni tous les mots qui essaient de sortir de mon esprit mais qui se heurtent à ma bouche qui n'arrive qu'à en baragouiner 2 ou 3. Ni, ni, ni... Des exemples comme ça, j'en ai à la pelle !

    Alors, pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça me direz-vous ? Et bien parce que moi, Sophie, française, je suis étrangère là où je vis. Pourtant, avant de partir de France, je nous croyais plutôt proche avec les américains. J'avais même vu Armageddon, c'est dire ! Sauf que, dans la réalité, et bien...

     

    Etre étranger

     

    Dans la réalité, c'est le choc des cultures. Dans la réalité, c'est l'incompréhension. Dans la réalité, c'est la difficulté. Dans la réalité, c'est le mutisme forcé (et ça, croyez-moi, au début, c'est pas drôle). Alors bien sûr, avec le temps, les choses s'aplanissent. On comprend mieux, on parle plus, on échange, on apprend. Mais, au plus profond de moi, je suis française avec toutes les valeurs et les souvenirs que mon pays m'a apporté. La preuve :  l'émotion intense que j'ai ressenti ce vendredi, et en janvier après Charlie Hebdo. Quand je suis meurtrie au plus profond de mon cœur, c'est que je sais où mon cœur est.

    Alors, une fois encore, pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? Et bien, j'ai juste une question : en quoi ce que je vis, moi, française vivant aux US est-il différent de ce que vit un Chinois qui va vivre au Pérou ? De ce que vit un Bulgare qui va vivre au Mali ? ... De ce que vit un Syrien qui va vivre en France ?

    Aller vivre dans un pays étranger, c'est pas évident. Comprendre la culture locale, c'est très très difficile. Il faut du temps, beaucoup de temps. Et je peux vous assurer que si je finis ma vie ici, je continuerai jusqu'à la fin de mes jours à parler français à la maison, à manger français (parce que c'est trop bon), à donner les valeurs françaises à mes enfants, parce que c'est comme ça que j'ai été élevée et que c'est la manière de faire que je connais. Et pourtant, Dieu sait que j'aime profondément les US, que j'essaie de m'intégrer au maximum et que je remercie tous les jours les américains de tout ce qu'ils m'ont apporté. Mais je suis moi, au plus profond de mon cœur. On n'éradique pas 30 ans de sa vie d'un seul coup.

    Et bien voilà, ma soupe au lait elle est là. Je suis convaincue qu'il faut laisser les gens en paix avec eux mêmes, avec leurs cultures, avec leurs valeurs. Je ne serai jamais américaine, mon Chinois ne sera jamais péruvien, mon Bulgare ne sera jamais malien, mon Syrien ne sera jamais français. Et j'ai envie de dire... et alors ? Bien sûr, cela dépend de la relation à la culture d'origine et au temps passé dans le pays d'adoption. Bien sûr, cela dépend de la volonté de vouloir s'intégrer. Et bien sûr mes propos sont à nuancer en fonction de tout un tas de choses dont je n'ai sûrement même pas idée. Mais ce que j'essaie de vous dire ce soir, c'est que vivre aux US m'a bien remis les pendules à l'heure face au terrible discours qu'on entend parfois sur "ces étrangers qui ne veulent pas s'intégrer"... Parce que cet étranger, aujourd'hui, c'est moi... Et, croyez-moi, c'est bien plus complexe que certains raccourcis ne le laissent penser. Regardons donc déjà ce qu'on peut s'apporter mutuellement avec ces étrangers qui sont parfois juste en train d'essayer de composer...


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  • Commentaires

    1
    TATA BIL
    Mercredi 18 Novembre 2015 à 12:55

    Ton récit d'aujourd'hui me fait réfléchir et m'ouvre les yeux sur mes relations du quotidien !!

    Merci ma Nin pour cette belle leçon smile

      • Mercredi 18 Novembre 2015 à 14:52

        Merci Bil car c'est EXACTEMENT pour ça que j'écris... Pour essayer d'apporter une autre approche que j'ai découverte ces dernières années en vivant dans un autre pays. Bisous !

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